Il y a des gens avec lesquels le courant passe dès les premières secondes, qui peuvent devenir votre meilleur ami en un claquement de doigt. Avec son sourire, son œil qui frise et sa bonhommie, Ary Gabison fait partie de cette catégorie.Au premier coup d’œil, on croirait voir Patrick Timsit qui aurait avalé José Garcia. « On a souvent fait référence à ma ressemblance avec Timsit. D’ailleurs, quand j’étais jeune je disais que j’étais son fils pour pouvoir entrer en boîte de nuit (rire). Un jour je l’ai rencontré et je lui ai raconté, il m’a dit « je ne suis pas aussi vieux que ça tu aurais pu dire qu’on était frères », se souvient-il en souriant.Natif d’Enghien-les-Bains, Ary a grandi à Sarcelles. Depuis tout jeune, ce grand fan d’Élie Kakou et des Inconnus rêve de théâtre mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille : « Tant que tu n’auras pas de diplôme, on ne veut pas entendre parler de théâtre », lui rétorquent-ils alors. À l’âge de 19 ans, Ary est confronté à une terrible épreuve avec la perte de son père. Tenant à respecter sa promesse, il s’inscrit en BTS optique… sans le bac ! « J’ai bidouillé ma « collante » en la réimprimant avec des nouvelles notes pour pouvoir m’inscrire en BTS. J’ai donc la particularité d’avoir un bac + 2… sans bac ! », raconte-t-ilavec une vraie malice. Et c’est au cours d’un jeu de rôle organisé pendant sa licence qu’il se découvre un vrai talent de comédien. « À ce moment-là, je travaillais déjà en alternance dans l’optique et je me suis dit que je ne risquais rien de mettre entre parenthèses cette carrière pour tenter ma chance dans le milieu artistique ». Le jour même, il annonce à son patron qu’il met fin à leur collaboration et fonce au Cours Florent. « À l’issue d’un stage de 5 jours, on m’a annoncé que j’étais prêt à intégrer l’école. J’ai eu l’impression de revivre, j’étais l’homme le plus heureux du monde ». Après deux ans de cours, Ary commence à « décrocher » quelques castings et on le voit notamment dans des publicités ou dans la série Scènes de ménages. Trop âgé pour intégrer les écoles nationales tel le Conservatoire, il se présente au concours de la classe libre, l’élite des Cours Florent.« Contre toute attente, je me suis retrouvé parmi les 15 personnes retenues sur les 2000 qui s’étaient présentées ». Ary a alors 28 ans et c’est le moment qu’il choisit pour se marier. La veille de son mariage, il passe un casting avec Alexis Michalik, un des plus grands auteurs de théâtre contemporain.« Je rêvais de cette rencontre mais le problème c’est que toutes les 5 minutes mon téléphone sonnait : le traiteur, ma femme, l’orchestre… Je me suis planté en beauté. Malgré tout, je suis resté en contact avec lui et nous nous sommes retrouvés quelques années plus tard ». Alexis Michalik rappellera effectivement Ary pour lui proposer le casting d’un des personnages de sa pièce, Edmond.« Je suis allé faire une lecture avec d’autres comédiens. Plus tard dans la journée, j’étais au téléphone avec ma mère et j’ai eu un double appel. Je réponds sans savoir qui est au bout du fil. Et là j’entends « Je te prends pour le rôle… ». J’étais dans le métro et je me suis mis à pousser des cris. Un vrai dingue ! ». À l’évocation de ce souvenir, Ary a les yeux qui brillent et même une larme qui coule. Il intègre la troupe en juin 2018 et a joué jusqu’à aujourd’hui plus de 800 représentations. Depuis 5 ans, il travaille avec un nouvel agent, « Fred Malek, le meilleur de Paris », qui l’aide à décrocher le rôle d’un agent du Mossad dans Noces d’or au côté d’Alice Taglioni où il joue en hébreu tout le fi lm. Il ne parle pas très bien mais se lance malgré tout dans l’aventure en bluffant : « Lorsque mon père est décédé, nous sommes partis en Israël pour son enterrement. Je suis resté là-bas durant 6 mois et j’ai appris un peu la langue ». Au fil des années, les films et les séries vont s’enchaîner. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu 2, Le bureau des légendes, Family Business, Lupin et plus près de nous la série D’argent et de sang sur canal +. Ary enchaînent également les spots publicitaires et les accrocs du petit écran n’ont pas pu passer à côté de cette fameuse pub dans laquelle Ary disait : « C’est pas Versailles ici ! ». « Lorsque Total a racheté Direct Énergie, ils souhaitaient faire 4 campagnes pour lancer cette nouvelle marque. Finalement seule la mienne a été diffusée », raconte-t-il le sourire aux lèvres. Sa carrière, Ary la mène en parallèle de ses croyances religieuses.« Depuis mon mariage j’ai pris sur moi de faire chabbat. Lorsque je joue Edmond, je vais à pied au Théâtre du Palais royal, j’en ai pour deux heures aller-retour. Je laisse mon portable et mes papiers que je récupère après la représentation du samedi soir ».Ary n’a pas construit uniquement une vie artistique et religieuse, mais également une famille. Sa femme et lui sont les heureux parents de 4 enfants magnifiques… Très certainement son plus beau rôle. ■ Laurent Cohen Coudar